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Thibault, 22 ans " Comment je suis devenu apprenti tonnelier "

Bourgogne - Dijon / Publication : 9 mai 2018
Avec l’arrivée des cuves en inox, le métier de tonnelier a failli disparaitre, mais les professionnels ont su tirer leur épingle du jeu et faire de ce marché, une niche, notamment avec l’augmentation de la consommation de vin dans le monde. En France, la cinquantaine de tonnelleries produit 600 000 fûts par an ; elles se situent principalement en Bourgogne, dans le Bordelais et à Cognac et seuls trois établissements proposent le CAP tonnelier, unique formation pour faire ce métier.

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Oscillant entre le CFA des compagnons du devoir et du tour de France de Dijon et la tonnellerie Meyrieux de Villers-La-Faye, Thibault B. ne pensait pas devenir un jour tonnelier. Après un baccalauréat scientifique et deux années en licence d’histoire pour devenir professeur, il ne se sent pas à sa place et n’arrive pas à se projeter. Tenace, il décide de se lancer dans une nouvelle aventure et réalise son projet murement réfléchi !

La persévérance est une qualité nécessaire pour réussir

Thibault a fait preuve de ténacité pour réussir. " Au début de la formation, le rythme était soutenu avec l’alternance CFA / entreprise. Au CFA, nous travaillons de 8h00 à 18h40, voire les soirs après le dîner, jusqu’à 21h00. Il m’a fallu plusieurs semaines pour me sentir à mon aise. Je sortais effectivement de l’université Jean Moulin - Lyon III, site de Bourg-en-Bresse, avec beaucoup de théorie et pas de pratique. Mais avec de la bonne volonté, de l’envie j’ai su m’adapter et aujourd’hui je ne regrette aucunement mon choix de réorientation. "

Travaillez dans le bois mais de manière originale, voilà ce que je recherchais

" Très vite j’ai voulu travailler le bois, mais je ne souhaitais pas être charpentier ou menuisier. Le domaine de la vigne, je connaissais déjà, mon grand-père étant vigneron ; je l’avais déjà aidé dans ses travaux. Puis en échangeant avec ma famille, j’ai appris que mon arrière-grand-père était vigneron et tonnelier ! "

Un métier très riche

Dans l’entreprise, 5 000 tonneaux sont fabriqués par an et environ 70 % sont destinés à l’export notamment vers les États-Unis et l’Europe (Italie et Espagne). Un savoir-faire traditionnel est de rigueur dans l’entreprise et l’ensemble de l’équipe produit en moyenne 20 à 30 fûts par jour. Les périodes de travail ne sont pas régulières, le rythme est plus soutenu de mai à octobre. " La réalisation d’un tonneau se fait en plusieurs étapes. Elle commence à la réception des merrains, pièces de chêne fendues et empilées en cheminée pour un séchage de 2 à 3 ans ; puis les douelles sont sélectionnées pour « l’établissage », avant d’être montées et former le corps du tonneau : ce procédé est joliment appelé " la mise en rose ". Les douelles sont dressées avec le marteau et la chasse. Les carcasses ainsi formées passent alors en salle de chauffe, on appelle cette étape la " recuite ". Ce procédé fait la renommée des tonnelleries et c’est ainsi qu’elles se distinguent les unes des autres. Ce savoir-faire est très difficile à acquérir, seules l’expérience et une connaissance approfondie du bois permettent de maîtriser cet art. S’en suit l’assemblage du fût, avec comme support le cheval de rognage (fourche en forme de Y). On rogne le tonneau avec l’asse de rognage, on crée le chanfrein, le jable avec le jabloir ou la ruelle. Viennent ensuite les opérations de finition : l’assemblage du fond, le perçage du trou de bonde, la vérification de l'étanchéité, le polissage et le cerclage définitif. "

Incollable en dessin technique !

" Certes, les heures passées dans l’entreprise sont nécessaires pour s’expérimenter au métier, mais la formation au CFA est un atout. En effet, au centre de formation, nous apprenons toutes les étapes de la fabrication du tonneau à la main, alors que certaines sont mécanisées en entreprise. Cet apprentissage pour moi est primordial, car les points théoriques permettent de mieux comprendre et appréhender la fabrication. Les exercices de mathématiques sont appliqués à la pratique du métier, et le dessin technique à la main, pendant l’ensemble de la formation sur 2 ans, est fondamental. "

Des conditions de travail correctes

" Comme tout métier manuel, il faut avoir une bonne condition physique, mais pas besoin d’être très costaud ! Effectivement, les gestes répétitifs, notamment les coups de marteau qui peuvent atteindre le nombre de 600 par jour, peuvent entrainer des troubles musculosquelettiques (TMS) aux niveaux des épaules, coudes et poignets. Il faut rester vigilant, pour faire les bons gestes. L’environnement bruyant et poussiéreux peut être gênant, mais toutes les entreprises sont équipées de mécanismes d’aspiration de poussières, conformément à la loi. Tous ces désagréments se dissipent quand on se passionne pour son métier. "

J’adore parler de mon métier et le présenter

Trop peu de jeunes sont intéressés par cette profession. La preuve, nous sommes seulement 7 apprentis au CFA (aucune femme), pour une vingtaine de tonnelleries en Bourgogne. Il y a donc du travail sur le marché de l’emploi. Par contre, il faut être mobile. Quant à moi, transmettre mes connaissances et parler de mon métier m’enthousiasme et le professorat est toujours dans un coin de ma tête. Pour ces raisons, je pense me tourner, d’ici quelques années, vers la formation et accompagner les jeunes dans la maîtrise de ce beau métier de tonnelier.

Les gestes du tonnelier en images

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